24 agosto, 2013



Une nation se construit lorsque les aïeuls laissent aux générations futures la sagesse et la science, afin qu’elles puissent se mouvoir vers la prospérité et sauvegarder leurs acquis. Du même coup, lorsque les jeunes prennent comme modèle, les gens en qui est incarnée la vertu. Ils ne sont pas nombreux ces gens à l’heure qu’il est en Ayiti, mais nous avons quelques-uns qui d’une façon ou d’une autre ont fait hisser notre fierté à l’autre bout du monde. Parmi ces quelques hommes dont on parle, on retrouve le fameux Frankétienne.  De son vrai nom Jean-Pierre Basilic Dantor Franck Étienne d'Argent, né le 12 avril 1936 à Ravine Sèche, village de l'actuelle section municipale Poteneau de la commune de Grande-Saline dans le département de l'Artibonite en Haïti, il est poète, dramaturge, peintre, musicien, chanteur et enseignant. Il a publié plus d'une quarantaine d'ouvrages. 

À entendre parler des gens le connaissant, il n’avait pas une vie facile mais il savait ce qu’il voulait et travaillait en conséquence, et voilà qu’il s’est maintenant trouvé au sommet de la littérature Ayitienne. Quelle prouesse !!! Ce sont ces modèles que nous autres jeunes doivent suivre si nous voulons vraiment être utiles au pays.
Biographie
Sa mère, est encore très jeune, il n'a que quatorze ans d'écart avec elle, Sa naissance, est due à la suite du « viol d'une paysanne Ayitienne de treize ans par un vieil industriel américain ». L'enfant nait chabin, blanc de peau, noir de morphologie, les yeux bleus. En 1962, au début de l'ère Duvalier, Frankétienne fréquente le groupe « Haïti littéraire », d'où sortent bon nombre d'auteurs : Anthony Phelps, René Philoctète, Serge Legagneur, Roland Morisseau… La situation politique devient cependant vite intenable pour les intellectuels, dont beaucoup quittent le pays pour le Canada, la France ou l'Afrique. Franketienne décide de rester en Ayiti pour écrire et pour lutter. Chacune de ses œuvres est ancrée dans l'histoire contemporaine Ayitienne. Chacune témoignant, malgré l'homme ou l'écrivain qui se veut avant tout créateur, d'un moment de la « conscience nationale ». Ultravocal (1972) : le vertige de l'errance sans fin ni finalité, le pays habité par « le mal majeur » forçant ses enfants à l'exode massif sans espoir ni désir de retour. Qu'on se rappelle cette scène tragique de Mûr à crever (1968) : chassés des Bahamas, quatre ayitiens, sur le bateau du retour, se jettent à l'eau, se livrant aux requins de la mer caraïbe plutôt que de revoir l'enfer duvaliériste.

Il est cofondateur, avec Jean Claude Fignolé et René Philoctète, deux autres grandes figures de la littérature haïtienne, du mouvement littéraire appelé le Spiralisme, qui entend saisir la réalité par l'éclatement des formes classiques d'écriture. Il a commencé à publier de la poésie en 1964. En 1972 il publie Ultravocal, une « spirale » comme il qualifie ce genre littéraire proche des Chants de Maldoror. Ancien ministre de la Culture sous la présidence de Leslie F. Manigat, il est fait Commandeur des Arts et des Lettres en juin 2010. En 2009, Frankétienne fait une apparition spéciale dans le film La dérive douce d'un enfant de Petit-Goâve de Pedro Ruiz, documentaire qui retrace la vie de l'écrivain Ayitien Dany Laferrière.
Artiste très éclectique, il a pratiqué presque tous les genres littéraires, poésie, roman, théâtre, nouvelle, ainsi que d'autres genres artistiques comme la musique, la peinture et le jeu d'acteur. Son roman Dezafi, publié en 1975, est considéré comme le premier roman écrit en créole ayitien. Son œuvre dépasse aujourd'hui les frontières ayitiennes et fait l'objet de nombreux travaux universitaires. La revue Journal of Haitian Studies lui a consacré un numéro spécial en 2008.
Frankétienne a toujours refusé de quitter son pays, quelques fussent les menaces visant les intellectuels. J’ai pu finalement comprendre pourquoi Gustave Le Bon disait que « les volontés précaire se traduisent par des discours, mais les volontés fortes par des actes ». La réaction de Franckétienne me l’a parfaitement prouvée. Ceux qui se disent être patriotes ne tarissent jamais de l’affirmer mais ne le prouvent même pas une seconde, par conséquent lui, malgré les menacent qui surviennent il reste là dans son pays et voilà ce qu’il est devenu pour les jeunes intellectuels ayitiens « le modèle par excellence ». Je sais qu’il est on ne peut plus difficile  en Ayiti de trouver des hommes vertueux, mais je vous assure que si prenez du temps pour bien les chercher, vous en trouver car personne ne peut empêcher au soleil de briller, ils sont comme du soleil ces gens, rien ne peut intercepter le reflet de leurs rayons. Mettez-vous en tête que ces modèles que vous recherchez  sont là autour de vous, il suffit de bien le chercher. Donc, je demanderais à tout chacun de manifester du respect à ce monument ayitien qu’est Franckétienne.
Bibliographie.
En créole
Pyèsteyat
  • Pèlin-Tèt. Port-au-Prince: Éditions du Soleil, 1978; Pelentet (pyesteyat), nouvo vesyon. Lawrence, KS / Port-au-Prince: Enstiti Etid Ayisyen Inivesite Kannzas / Edisyon Espiral, 2002.
  • Troufobon. (1977) Port-au-Prince: Imprimerie Les Presses port-au-princiennes, 1979.
  • Bobomasouri. (1984) Port-au-Prince: Koleksyon Espiral, 1986.
  • Kaselezo. (1985) Dérives 53/54 (1986/1987): 125-163.
  • Totolomannwèl. Port-au-Prince, 1986.
  • Melovivi. Port-au-Prince, 1987.
  • Minywi mwen senk. Port-au-Prince, 1988.
  • Kalibofobo. Port-au-Prince, 1988.
  • Foukifoura. Port-au-Prince: Creacom, 2000.
Roman
  • Dézafi. Port-au-Prince: Édision Fardin, 1975; Châteauneuf-le-Rouge: Vents d'ailleurs, 2002.
En français
  • Au Fil du temps (poèmes). Port-au-Prince: Imprimerie des Antilles, 1964.
  • La Marche (poèmes). Port-au-Prince: Éditions Panorama, 1964.
  • Mon côté gauche (poèmes). Port-au-Prince: Imprimerie Gaston, 1965.
  • Vigie de verre. Port-au-Prince: Imprimerie Gaston, 1965.
  • Chevaux de l'avant-jour (poème). Port-au-Prince: Imprimerie Gaston, 1965.
  • Mûr à crever (genre total). Port-au-Prince: Presses port-au-princiennes (coll."Spirale"), 1968; Port-au-Prince: Éd. Mémoire, 1994. Bordeaux: Ana Éditions, 2004.
  • Ultravocal (spirale). Port-au-Prince: Imprimerie Gaston, 1972; Paris: Hoëbeke, 2004.
  • Les Affres d'un défi (roman). Port-au-Prince: Deschamps, 1979; Paris: Jean-Michel Place, 2000.
  • Zagolkoray (spirale). Port-au-Prince, 1983.
  • Fleurs d'insomnie (spirale). Port-au-Prince: Deschamps, 1986.
  • Les Chevaux de l'avant-jour (poésie). (1966) Version revue et corrigée, in: Dérives 53/54 (1986/1987): 41-86.
  • Adjanoumelezo (spirale). Port-au-Prince, 1987.
  • L'Oiseau schizophone (spirale). Port-au-Prince: Éditions des Antilles, 1993; Paris: Jean-Michel Place, 1998.
  • L'Amérique saigne (Gun Blesse America) (roman, co-produit avec Claude Dambreville). Port-au-Prince: Microplus, 1995.
  • La nocturne connivence des corps inverses. Port-au-Prince: Spirale, 1996.
  • D'une bouche ovale. Port-au-Prince: Spirale, 1996.
  • La méduse orpheline. Port-au-Prince: Spirale, 1996.
  • Une étrange cathédrale dans la graisse des ténèbres. Port-au-Prince: Spirale, 1996.
  • Clavier de sel et d'ombre. Port-au-Prince: Spirale, 1997.
  • Les échos de l'abîme. Port-au-Prince: Spirale, 1997.
  • Et la voyance explose. Port-au-Prince: Spirale, 1997.
  • Voix marassas (spirale francréolophonique). Port-au-Prince: Spirale, 1998.
  • Rapjazz, Journal d'un paria. Port-au-Prince: Spirale, 1999.
  • Œuf de lumière / Huevo de luz (poèmes). Port-au-Prince: Spirale, 2000.
  • H'Eros chimères. Port-au-Prince: Spirale, 2002.
  • Miraculeuse. Port-au-Prince: Spirale, 2003.
  • Les Métamorphoses de l'Oiseau schizophone (intégralité en huit volumes). La Roque d'Anthéron (France): Vents d'Ailleurs. Parution de 2004 à 2006:
  • D'un pur silence inextinguible. (Première partie de L'Oiseau schizophone, 1993). 2004.
  • D'une bouche ovale. (1996). 2005.
  • La méduse orpheline. (1996). 2005.
  • La nocturne connivence des corps inversés. (1996). 2005.
  • Une étrange cathédrale dans la graisse des ténèbres. (1996). 2006.
  • Clavier de sel et d'ombre. (1997).
  • Les échos de l'abîme. (1997).
  • Et la voyance explose. (1997).
  • Brèche ardente. Port-au-Prince: Spirale, 2005.
  • Anthologie secrète. Montréal: Mémoire d'encrier, 2005.
  • Fleurs d'insomnie, réécriture. Port-au-Prince: Spirale, 2005.
  • Adjanoumelezo, réécriture. Port-au-Prince: Spirale, 2005.
  • La Diluvienne. Port-au-Prince: Spirale, 2006.
  • Galaxie Chaos-Babel (spirale). Port-au-Prince: Spirale, 2006.
  • Mots d'ailes en infini d'abîmes. Port-au-Prince: Presses Nationales d'Haïti, 2007.
  • Feu de proie. Port-au-Prince: Spirale, 2007.
  • Heures brèves (spirale poétique). Port-au-Prince: Spirale, 2007.
  • Le Sphinx en feu d'énigmes (spirale poétique). Port-au-Prince: Spirale, 2007.
  • Corps sans repères (spirale). Port-au-Prince: Spirale, 2007.
  • Amours, délices et orgues (spirale). Port-au-Prince: Deschamps, 2008.
  • Melovivi ou Le piège suivi de Brèche ardente. Paris: Riveneuve Continents, 2010.
  • Visa pour la lumiere (Spirale poetique)
Nouvelles
  • « Tout jeu. Tout vice. Mort raide. Point de faire part ». Le Petit Samedi Soir 78-79 (1974-1975): 11-13.

10 agosto, 2013



Depuis son début, la peinture ayitienne a toujours été caractérisée à la fois par ses sources d'inspiration, populaires et spirituelles, et par un style original incarné par les artistes la pratiquant, lesquels artiste qu’on appelle les naïfs. On les appelait ainsi parce qu’ils prônaient un style pictural figuratif ne respectant pas — volontairement ou non — les règles de la perspective sur les dimensions, l'intensité de la couleur et la précision du dessin.
Les débuts…
La peinture a toujours été une forme d'expression traditionnelle et symbolique en Ayiti comme en témoignent les décorations murales et les illustrations d'inspiration religieuse dont certaines remontent au XVIIIe siècle. Alors que les familles de colons riches savaient importer beaucoup de tableaux d'Europe ou savaient faire venir des peintres occidentaux sur place, certains d'autres envoyaient leurs esclaves libres en Europe particulièrement en France pour y apprendre la peinture et exploiter leur talent. 

Ainsi, une première Académie de peinture Ayitienne est créée au Cap-Haïtien par le roi Henry Christophe peu après l'indépendance du pays en 1804. En 1816, Pétion à son tour ouvre une école d'Art à Port-au-Prince où viennent enseigner des peintres français. La période de 1830 et 1860, est cette période où les sujets historiques liés à l'esclavage, et religieux, notamment autour du culte vaudou, constituaient alors les principaux thèmes des artistes d’alors, dont la production est encore masquée par l'activité le plagiat.
Les naïfs Ayitiens
Dans les années 40 plus précisément en 1944 après la Seconde Guerre mondiale, le peintre et professeur américain Dewitt Peters crée à Port-au-Prince une école d'art et de peinture. Son enseignement restait dans un premier temps académique et influencé par les courants occidentaux ou américains. Mais impressionné par le style naïf des peintres ayitiens, il décidait d'accueillir, en complément de ses étudiants traditionnels, des autodidactes à qui il fournit du matériel qui leur permettra d'exprimer leurs talents. Bref il faisait une mixture entre le savoir-faire des naïfs et celui des occidentaux. Pour lui cela fut un mariage parfait. Une première vague de ces artistes commence à connaître une certaine notoriété, comme Hector Hyppolite, Rigaud Benoit, Castera Bazile, Wilson Bigaud ou Robert Saint-Brice. C'est le début du mouvement des « naïfs ayitiens ».

Le poète français André Breton lors de ses voyages en Haïti, entre 1943 et 1945 se prenait d'admiration pour ces œuvres attrayantes. C’est pour cela, une fois retournée en France, il publie alors un texte en honneur d’Hector Hyppolite, lequel texte attirant l'attention de plus d’un intellectuel français sur la peinture ayitienne, comme Jean-Paul Sartre qui en 1949, visite.
Au cours des années 1950, la peinture ayitienne a évolué et se diversifie, s'ouvrant à différentes formes d'expression, mais privilégiant toujours les couleurs et le trait. Plusieurs ateliers ont vu le jour dans différentes parties du territoire. L'art naïf haïtien se répand alors dans le monde: le Museum of Modern Art de New York se porte acquéreur de toiles des artistes les plus en vogue de même que Time Magazine qui en reproduit des fresques dans ses éditions.
Le terme de « naïfs » décrit comme on a vu ci-dessus un style figuratif où dominent les couleurs en aplat et les sujets populaires tels que : scènes de rue, marchés animés, combats d'animaux, etc. Il s'applique moins à la technique des artistes qui maîtrisent totalement leur art. Dans les années 1960, il y eut une affluence d’acheteurs s'arrachant les œuvres des naïfs ayitiens qui deviennent des articles recherchés sur le marché de l'art. On pourrait même dire que les arts des naïfs avaient le monopole du marché des arts. Ce brutal intérêt commercial, qui provoque l'émergence d'une véritable industrie artisanale de peintures naïves, amènera des artistes comme la communauté de Saint Soleil à revenir aux sources en plaçant la culture vaudou au cœur de leur démarche.

Le vaudou et la peinture
Le culte vaudou apparaît très tôt dans la peinture haïtienne. Les deux figures les plus marquantes et les plus symboliques sont Hector Hyppolite et Robert Saint-Brice, dont la démarche artistique a été saluée par André Breton pour le premier, et par André Malraux pour le second.
Au début des années 1970, Maud Robart et Jean-Claude Garoute (connu comme peintre sous le nom de Tiga) créent un centre d’art destiné à accueillir les artistes autour du thème du mystère vaudou. Ils s'installent d'abord dans le quartier de Nérettes, à Pétion ville, dans la banlieue de Port-au-Prince. L’expérience n’est pas concluante, mais les deux intellectuels s’accrochent à leur projet. Ils déménagent en 1973 à Soisson (Montagne noire), à quelques kilomètres de Port-au-Prince, sur les hauteurs de Pétion ville.

En ce lieu, Ils rencontrent des maçons, des cuisinières, des jardiniers et des paysans auxquels ils prêtent un local, des pinceaux et des toiles. La peinture de ces « résidents » va s'orienter vers le thème du vaudou. Leur groupe sera considéré comme une école, baptisée « Saint Soleil ». En 1975, Malraux visite cette communauté et lui donne une aura mystique dans son essai L'Intemporel : il prolonge et amplifie, trente ans après André Breton, l'attrait et la séduction que la peinture d'Ayiti exerce : « Un peuple d’artiste habite Ayiti » écrit-il, soulignant que sur l'île, tout est sujet à transcription picturale : le marché, le mariage, la pêche et la religion, syncrétique comme à Cuba et au Brésil.
La communauté Saint Soleil en 1978 s’est séparée mais les peintres les plus impliqués et les plus talentueux veulent continuer à peindre : Louisiane Saint Fleurant, Denis Smith, Dieuseul Paul, Levoy Exil et Prospère Pierre Louis, les « historiques de Saint Soleil » créent un groupe informel qui prend le nom des « Cinq soleils ». Ces artistes vont essaimer et beaucoup de peintres vont se reconnaître dans leur démarche : ainsi des artistes comme Payas ou Stevenson Magloire (le fils de Louisiane Saint Fleurant, qui mourra assassiné) se font connaître jusqu'en Europe et aux États-Unis.
Longtemps, on a trouvé des toiles de ces artistes dans les magasins les plus improbables y compris les boutiques pour touristes, dans lesquelles elles côtoyaient la peinture naïve. Aujourd’hui, un marché s’est organisé autour de la peinture vaudou, et les toiles de ses représentants sont vendues, souvent très cher, dans les galeries américaines et françaises.
La peinture des naïfs ayitiens depuis, a toujours été florissante, elle traduisait et traduit encore les aspirations du peuple dans toute sa globalité et permet au reste du monde de se faire une idée de notre pays. Ensemble protégeons nos acquis et voyageons ensemble dans l’univers de ces arts sans pareils. 

Bibliographie
  • Selden Rodman, Where art is joy; Haitian art, the first forty years, Ruggles De Latour INC, 1988.
  • Laënnec Hurbon, Les mystères du Vaudou, Gallimard découvertes, 1993.
  •  
  • Catalogue de l'exposition Peinture Haïtienne d'inspiration vaudou, Musée d'Aquitaine à Bordeaux (10 mai au 30 novembre 2007), éditions Le Festin, 2007.
  • Catalogue de l'expositionVaudou à l'Abbaye de Daoulas, du 27 juin 2003 au 11 janvier 2004, sous la dir. Michel Le Bris, Hoëbeke, 2003.
  • Catalogue de l'exposition Haïti, anges et démons à la Halle St Pierre, Paris, du 21 mars au 30 juin 2000 / sous la dir. de Martine Lusardy, Hoëbeke/Halle St Pierre, 2000.
  • Michel Philippe Lerebours, Haïti et ses peintres de 1804 à 1980. Souffrances & Espoirs d'un Peuple, 2 volumes, Port-au-Prince, 1989.